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SB 947 : la Californie interdit de licencier sur la seule foi d’une IA
La Californie interdit de sanctionner ou de licencier un salarié sur la seule base d’un outil d’IA. La loi SB 947 s’appliquera à partir du 1er juillet 2027.

L’essentiel
- Le gouverneur de Californie a signé le 30 septembre la loi SB 947 : un employeur ne pourra plus sanctionner ni licencier un salarié sur la seule base d’un outil automatisé.
- Si l’outil pèse le plus dans la décision, un humain doit la vérifier avec d’autres éléments, et le salarié peut demander quelles données ont servi.
- Elle s’applique aux employeurs californiens à partir du 1er juillet 2027, pas en France, où le RGPD encadre déjà ces décisions et où le règlement européen sur l’IA classe ces outils à haut risque.
Ce que la loi interdit, et à qui
Mercredi 30 septembre, le gouverneur de Californie Gavin Newsom a signé 13 lois, presque toutes sur l’IA. L’une d’elles, la loi SB 947 du sénateur Jerry McNerney, touche directement au travail : un employeur californien ne pourra plus s’appuyer uniquement sur un « système de décision automatisé » pour sanctionner ou licencier un salarié. Elle s’applique à partir du 1er juillet 2027.
Le texte vise large : tout outil d’IA, d’apprentissage automatique ou de statistiques qui produit un score, un classement ou une recommandation pour aider ou remplacer une décision humaine. Un antivirus ou une simple base de données n’en font pas partie.
Tu es concerné si ton entreprise emploie des salariés en Californie, ou si tu vends des outils RH ou de notation à des employeurs californiens.
Un humain doit vérifier, pas seulement valider
La loi distingue deux cas. Si l’outil est la seule base de la décision, c’est interdit. S’il en est la base principale, un humain doit corroborer la décision avec d’autres éléments : évaluations des responsables, dossier du salarié, travail qu’il a produit, avis de ses pairs, entretiens avec des témoins. Approuver le résultat ne suffit pas, résume TNW.
Si cette vérification échoue, ou si l’humain juge le résultat inexact, incomplet ou trompeur, l’employeur ne peut pas s’en servir. Le salarié peut demander une description des données le concernant que l’outil a utilisées. Et l’employeur qui s’est surtout appuyé sur un tel outil doit l’en informer par écrit, après coup.
Le texte interdit aussi de s’en servir pour deviner le statut protégé d’un salarié, ou pour prédire qu’il va faire valoir ses droits et le sanctionner. Le contrôle revient au commissaire au travail de Californie ; un procureur peut aussi agir. La pénalité est de 500 dollars par infraction, entre autres sanctions.
Une version plus étroite, et une tendance nette
En 2025, Newsom avait mis son veto à une version antérieure, jugeant ses obligations d’information mal ciblées et ses restrictions trop larges, selon HR Dive. La loi signée est plus étroite, note KQED.
Le même jour, selon TNW, AB 1883 vise les outils qui lisent l’état émotionnel d’un salarié, et SB 951 impose de prévenir quand l’IA entraîne des licenciements collectifs. Dans son communiqué, Newsom écrit que l’IA doit élargir les opportunités, « pas se faire aux dépens des travailleurs et des familles ».
En Europe, le principe existe déjà, formulé autrement. Le RGPD donne à chacun le droit de ne pas faire l’objet d’une décision fondée exclusivement sur un traitement automatisé qui l’affecte de manière significative, sauf exceptions. Le règlement européen sur l’IA classe « à haut risque » les systèmes destinés à décider d’une promotion ou d’un licenciement, ou à évaluer les performances. Le texte publié en 2024 fixe l’application de ces règles au 2 août 2026.
| SB 947 (Californie) | RGPD, article 22 (UE) | Règlement IA (UE) | |
|---|---|---|---|
| Ce qui est visé | Sanctions et licenciements appuyés sur un outil automatisé | Décisions fondées exclusivement sur un traitement automatisé, aux effets importants | Systèmes d’IA pour la promotion, le licenciement, l’évaluation des performances |
| Règle centrale | Pas de décision sur l’outil seul ; vérification humaine s’il pèse le plus | Droit de ne pas subir une telle décision, sauf exceptions | Classés à haut risque ; contrôle humain par des personnes compétentes et formées |
| Ce que le salarié reçoit | Avis écrit après coup ; description des données sur demande | Si contrat ou consentement explicite : intervention humaine, droit d’exprimer son point de vue et de contester | Information des salariés et de leurs représentants avant la mise en service |
Ce que ça change pour toi
Sans salariés en Californie, rien ne change pour toi en droit. Mais le sens est donné : la note d’un logiciel ne suffit pas pour sanctionner quelqu’un.
Si ton équipe utilise un outil qui note ou classe des personnes (productivité, scoring commercial, analyse d’appels), trois questions comptent : qui regarde le résultat avant une décision, avec quels autres éléments, et peut-on dire au salarié quelles données ont pesé. Si tu vends ce genre d’outil, tes clients californiens devront y répondre d’ici juillet 2027.
La nuance à garder
C’est une loi californienne. Elle protège les salariés d’employeurs californiens, pas ceux qui travaillent en France.
Elle ne couvre pas tout. Le texte vise les sanctions et les licenciements ; l’embauche n’y figure pas. Exceptions : conventions collectives qui y renoncent explicitement, certains cas fédéraux dans la défense et l’aéronautique. Selon KQED, les chauffeurs VTC, indépendants en Californie, restent aussi en dehors.
Pour la France, nous avons lu le RGPD et le règlement européen sur l’IA, pas le Code du travail : le tableau compare des textes, pas leur application.
À tester
Fais l’inventaire des outils qui notent ton équipe.
- Liste les outils Tout logiciel qui note, classe ou signale une personne : CRM, suivi d’activité, analyse d’appels, outil RH.
- Repère les décisions Pour chacun, note si son résultat a déjà servi à un avertissement, une évaluation ou une fin de contrat.
- Vérifie l’humain Qui relit le résultat, et avec quels autres éléments : travail produit, avis du manager, échange avec la personne ?
- Teste l’explication Peux-tu dire en deux phrases à la personne concernée quelles données ont compté ?
Sources et lectures complémentaires
- SB 947, Employment: automated decision systems — California Legislative Information
- Governor Newsom signs more first-in-the-nation worker protections — Office of Governor Gavin Newsom
- Newsom signs slate of AI workplace laws barring robo bosses and surveillance — KQED
- Newsom signs 13 AI bills, including a ban on AI-only firings — TNW
- California revamps AI protections for workers in flurry of bill signings — HR Dive
- RGPD, article 22 : décision individuelle automatisée — CNIL
- Règlement (UE) 2024/1689 sur l’intelligence artificielle — EUR-Lex
Sources vérifiées le 18 octobre 2026. Mis en ligne le 18 octobre 2026.